Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Publié le par Arc-en-ciel

Récemment, j'ai touché un mot des livres qui m'ont été offerts. Un de ces cadeaux a attendu patiemment et silencieusement pendant 10 ans pour être dévoré en une semaine. 10 ans c'est beaucoup et peu en même temps. Je ne suis plus la même, le monde a aussi beaucoup changé. Et je suis sûre que si je l'avais lu aussitôt après l'avoir reçu, je n'aurais pas éprouvé les mêmes émotions. Premièrement, parce qu'à l'époque, je n'avais pas d'enfant et ma conception du monde était différente. Deuxièmement, mon rapport au temps a aussi changé et les années s'envolent trop vite depuis 8 ans. J'essaie de faire le maximum de choses à la fois et, au final, j'ai l'impression que rien n'est fait parce qu'il y a tant à faire et à apprendre encore. Avant, nos ancêtres vivaient différemment de nous. Et même beaucoup de représentants de la génération précédente n'acceptent pas toujours de changer leur habitudes. J'ai une amie âgée qui nous a dit, il y a quelques années quand nous sommes arrivés chez elle en automne avec une barquette de saumon fumé, qu'elle ne la prendrait pas parce qu'elle en mange seulement pendant les fêtes de fin d'année. Oui, leur vie était rythmée par les saisons, par les périodes de la vie. Maintenant, tout est disponible toute l'année et à n'importe quelle heure. Quand on nous conseille de consommer des fruits et des légumes de saison ce n'est, peut être, pas seulement pour que nous mangions des produits cultivés dans des conditions naturelles mais aussi pour nous préserver de la confusion et de la folie de ce monde.

Le livre "Les Messieurs de Grandval" de Christian Signol que je viens donc de lire, raconte le douloureux passage de l'ancien mode de vie et de travail au nouveau, imposé par l'essor technologique. L'auteur nous renvoie au XIX siècle dans une petite fonderie aux confins du Périgord et du Limousin, sur laquelle règne la dynastie des Grandval.

Si j'avais lu ce roman il y a dix ans, peut être j'aurais été concentrée surtout sur l'histoire d'amour interdit et j'aurais été impatiente de savoir si le protagoniste retrouve l'élue de son cœur. J'aurais été sûrement lassée par les nombreuses descriptions du fonctionnement de la fonderie. Mais l'été dernier, nous avons visité le musée de la forge à Brocas, pas loin de Mont-de-Marsan. Je pense que c'est grâce à cette découverte que le livre m'a absorbée complètement.

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Là-bas, nous avons appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des forges et le travail des fondeurs. Nous savons que la première coulée des forges de Brocas dont le propriétaire était Dominique Lareillet, a vu le jour le 18 Juin 1833. Le fondateur avait deux fils qui suivaient la même voie que leur père. C'est pareil dans le roman sauf qu'un des deux fils d'Eloi Grandval a pris un autre chemin.

Nous avons appris de notre guide que le feu dans le haut fourneau ne devait jamais s'éteindre. Pour cela les gardeurs de feu le surveillaient nuit et jour. Effectivement, c'était une des grandes craintes de tout propriétaire de forge. Fabien, fils aîné d'Eloi Grandval, raconte bien la scène où le propriétaire de la forge est réveillé par le silence car "le monstre [haut fourneau] cessa de gronder". Là, commence l'intrigue du roman. Mais moi, je veux parler uniquement de la forge.

On imagine juste la fureur du propriétaire. A cause d'un gardeur de feu endormi, il a perdu beaucoup d'argent car les commandes n'attendaient pas. Pour relancer le travail, tous les ouvriers: fondeurs, chargeurs, mouleurs et puddleurs devaient désengorger le haut fourneau, c'est-à-dire d'enlever le minerai solidifié. Quelle vie dure menaient ses pauvres gens! Nous avons appris, à Brocas, que les enfants travaillaient aussi à la forge.

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval
Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

On installait toujours une forge dans un endroit boisé. Brocas était entouré de pins qui fournissaient du charbon pour le combustible. La seconde condition était la présence d'une rivière dont l'eau faisait tourner les roues qui actionnaient les soufflets du haut fourneau.

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Il fallait aussi avoir du minerai sur place. A Brocas, c'était la garluche.

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

On trouve beaucoup de pierres vitreuses à Brocas. Les enfants adorent en ramasser. En fait, c'est du laitier, déchet provenant lors de la fonte de la garluche.

Les forges de Brocas et les Messieurs de GrandvalLes forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

L'eau était une amie des maîtres de forge. Mais elle pouvait aussi se mettre en colère. Voici ce qu'on lit dans "Les Messieurs de Grandval":

"Mon père... ne décolérait pas à cause des pluies qui grossissaient l'Auvézère, menaçant la forge et les communs...

De fait, l'eau s'arrêta de monter, reflua en vingt-quatre heures, laissant apparaître l'étendue des dégâts: les communs dévastés, la halle de coulée souillée, la digue endommagée... tout incitait à l'abandon et au renoncement."

Si, dans le roman, le pire a été évité, ce n'était pas le cas à Brocas le 15 janvier 1843 quand une crue subite de l’Estrigon, rivière qui traverse Brocas, avait entraîné une inondation. Les ouvriers avaient essayé de renforcer la digue mais 17 d'entre eux sont morts et une personne a disparu. Le dernier ce n'était autre qu'Adolphe Lareillet, maire de Brocas et un des fils du fondateur des forges.On n'a jamais retrouvé son corps. La rumeur dit que ce jour-là, il avait la paye des ouvriers sur lui.

Le déclin des forges de Brocas commence dans les années 1860 avec l'essor du gemmage qui consiste à récupérer la résine du pin en le blessant. Elles ont fermé leurs portes définitivement vers 1904.

Dans le roman, on apprend des causes de la fermeture de nombreuses forges à partir de la deuxième moitié du XIX siècle:

"Les fers étrangers arrivaient désormais par pleins navires dans le ports français, avec une qualité inférieure au nôtre, mais à des prix défiant toute concurrence...

... Ce fut le début d'une période très difficile qu'amplifia la crise de la main-d'oeuvre provoquée par le chemin de fer qui donnait du travail mieux payé et favorisait le déplacement des ouvriers vers les villes. Le monde rural craquait de toutes parts."

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Dans le musée qui se trouve dans l'ancienne minoterie, on peut voir quelques productions de la forge dont l'emblème était la pomme de pin.

Les forges de Brocas et les Messieurs de GrandvalLes forges de Brocas et les Messieurs de Grandval
Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Il est normal et naturel que le monde et notre mode de vie change. Mais il ne faut pas oublier ce qui a été fait avant notre arrivée sur cette terre et il faut raconter le passé aux enfants pour qu'ils avancent mieux. Et surtout il faut bien choisir ce qu'on peut ou pas accepter et adopter de notre nouvelle réalité. Oui, les nouvelles technologies nous facilitent la vie mais n'oublions pas de passer du temps avec nos proches! Pourquoi ne pas aller faire un tour au musée de la forge à Brocas, par exemple, et faire une balade en barque en profitant du beau paysage? Et si vous tombez dans l'eau ne sachant pas nager, les pompiers ne sont pas loin)))

Les forges de Brocas et les Messieurs de GrandvalLes forges de Brocas et les Messieurs de Grandval
Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval
Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Il y a une aire de pique-nique à Brocas, juste à côté du musée et en face du lac où on peut non seulement faire du pédalo et de la barque mais aussi pêcher en possédant un permis de pêche.

Les forges de Brocas et les Messieurs de Grandval
Les forges de Brocas et les Messieurs de GrandvalLes forges de Brocas et les Messieurs de Grandval

Publié dans Landes, Sorties plaisir

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Olivia 24/12/2015 05:11

Coucou ! J’adore trop ton blog ! On y découvre des endroits très sympas à visiter en famille ! Merci !