Charles Strikland VS Paul Gauguin

Publié le par Arc-en-ciel

Charles Strikland VS Paul Gauguin

A 15 ans, j'ai lu "L'envoûté" de Somercet Maugham. L'histoire de ce roman est restée gravée dans ma mémoire jusqu'à ce jour. A l'époque, elle avait pénétré chaque cellule de mon corps et je me trouvais à l'intérieur du roman, je suivais les pas et je ressentais profondément les tourments du personnage principal, Charles Strickland. Pendant des années, je cherchais ce livre en français mais sans succès. Alors, il y a un an, je l'ai téléchargé en russe et il restait dans mon livre électronique. Il a fallu que j'aille à Paris il y a quelques jours pour le relire dans le train. Comme à chaque nouvelle lecture d'un livre, j'ai "découvert" ce que je n'avait pas "aperçu" il y a vingt ans. Je ne sais pas pourquoi je gardais en mémoire uniquement les images de la vie de Strikland à Tahiti, de ses tableaux incompris au temps de sa vie et de sa mort de la lèpre. Quoique, ça doit être dû au fait qu'à l'histoire du roman se sont rajoutés les tableaux de Gauguin peints à Tahiti que j'avais étudiés à l'université.

Alors que, pendant la relecture, j'ai appris qu'il vivait à Paris et c'est là qu'il avait commencé sa nouvelle vie loin de ses proches. Et c'est dans le train m'emmenant dans la ville-lumière que je redécouvrais cela. Et puis, à Paris, j'avais 4 heures de temps libre et je ne savais pas comment les occuper. Mon court passage à Paris tombait très mal car les musées sont fermés le mardi et les magasins ne m'attirent pas du tout. J'ai décidé donc de me promener à pied pendant une heure et c'était plutôt sadique envers moi-même car je suis passée devant le Musée Guimet et le Palais de Tokyo sans pouvoir y pénétrer. Je n'ai jamais été dans aucun des deux et je ne sais pas quand ce jour viendra. Et, comme je marchais déjà depuis une quarantaine de minutes, j'ai décidé de me poser avec mon livre dans le square Brignole Galliera en face du Palais de Tokyo. Et c'est seulement là que j'ai réalisé que j'étais à Paris et l'action du roman se déroulait dans cette ville d'artistes à la fin du XIXÈME siècle...

Charles Strikland VS Paul Gauguin

Quand j'ai achevé la lecture de ce roman, je me suis aperçue que cette fois, je n'ai pas éprouvé d'émotions particulières voire pas d'émotions du tout à part le fait de cette coïncidence parisienne. Cela m'a même attristé car pendant vingt ans je gardais le souvenir d'un fort bouleversement intérieur que le livre avait produit en moi...

Pour créer le personnage de Charles Strikland, Maugham s'est inspiré de Paul Gauguin. J'ai voulu connaitre la biographie de ce peintre et comparer la fiction aux faits réels. Quelle était ma déception hier quand j'ai appris que la vraie vie de Gauguin était beaucoup moins romantique! Dans le roman, Charles quitte sa famille et sa bonne position sociale et le poste d'agent de change pour se consacrer à la peinture. Dans la vraie vie, tout est beaucoup plus prosaïque. Gauguin décide de se tourner vers la peinture après un krach boursier. Dans le roman, il abandonne sa famille sans scrupule et vit en solitude à Paris où aucun de ses tableaux ne se vend. Cela ne l'inquiète point, l'essentiel étant pour lui d'exprimer ce qui tenaille son âme. Il est désagréable, grossier et ingrat. Malgré cela, il attire certaines personnes comme ce peintre raté qui voit en lui un artiste de génie et l'aide sans cesse; qui lui cède même sa femme qui tombe amoureuse de lui et qui se suicide après l'achèvement de son portrait par Strikland qui n'a plus besoin d'elle. Selon l'auteur, on peut tout pardonner à un génie... En réalité, Gaugin est entouré de peintres célèbres et a des protecteurs. Strikland de Maugham voit toujours une île inconnue qui l'attire; Gauguin, dans son enfance, avait vécu sur une île paradisiaque avec ses parents. Son amour pour les voyages et les pays exotiques vient surement de là. Et ainsi de suite... On voit bien que chez le vrai Gauguin tout a une explication, tout son entourage et tout son vécu avaient conditionné l'artiste qu'il est devenu. Tandis que Charles Strikland apparaît comme un possédé ou comme un messager d'une autorité surhumaine chargé de créer la beauté et une fois la mission accomplie et la perfection à son apogée, il s'éteint comme une flamme qui a brillé de mille feux.

Maintenant, je peux dire que la relecture du roman m'a bouleversée à nouveau même si, cette fois, indirectement. Et voici que Paul Gauguin est devenu quelqu'un de banal à mes yeux... après avoir porté sa personnalité (et non son art auquel je ne suis pas très sensible) aux nues pendant tant d'années... La faute est à Somercet Maugham!)))

Publié dans Lecture

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